Populations de Thaïlande

Les Karen pwo de Kanchanaburi

Les Karen sont le plus important groupe tribal installé en Thaïlande. Les habitants de Kanchanaburi les nomment Karyang (กะเหรี่ยง), et les Thaïlandais du Nord les appellent Yang.
On dénombre en Thaïlande deux groupes principaux de Karen, les Sgaw (ou S’Kaw) et les Pwo ainsi que deux groupes moins importants, les Pa O (Taungtu ou Tongsu) et les Kayah (Karenni ou Bwe).

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Poupée karen pwo

En 2003 on recensait en Thaïlande, 438.131 personnes appartenant aux Karen en 2003, reparties en 1912 villages.

Les Pwo vivent dans le delta de l’Irrawaddy (Pwo occidentaux) et dans les mêmes régions frontalières que les Sgaw (Pwo orientaux), environ 1 million en Birmanie et 50 000 en Thaïlande.

À la suite des guerres entre la Thaïlande et la Birmanie, le roi Rama I (1782-1809) a encouragé l’installation de Môn et de Karen dans la région de Sangkhlaburi.

Dès leur arrivée en Thaïlande, les Karen reçurent du gouverneur de Kanchanaburi le droit de rester sur le territoire thaïlandais et il nomma leur chef vassal (Phra Si Sawan) d’une enclave karen, qui correspondait à l’actuel district de Sangklaburi [1] au sein duquel furent établis les premiers villages karen aujourd’hui abandonnés et devenus un sanctuaire. Pendant près de 150 ans, sept générations de chefs karen se succédèrent dans la fonction de Phra Si Sawan.

Les Karen jouèrent un rôle important dans le contrôle de la frontière avec la Birmanie. Ils furent des éléments actifs dans la vie politique de la province de Kanchanaburi et participèrent au développement économique de cette région. Les Karen étaient exempts de taxes, d’impôt et de conscription. Bon exploitants respectueux de la forêt, les Karen ont vendu aux commerçants aux nobles thaïlandais des tissus [2], des produits forestiers, des épices, de l’ivoire, métaux précieux et des essences naturelles rares.

Les successeurs de Rama Ier ont poursuivi la même politique et incité les Karen, en majorité des Pwo, à immigrer, en Thaïlande, le long de la frontière depuis Tak jusqu’à Petchaburi.
Après Rama Ier Rama III puis Rama V) ont rendu visites à des des villages karen proches de la passe des Trois Pagodes [3]. Les visites royales avaient à cette époque un caractère exceptionnel, les roi du Siam étaient des êtres divins qu’aucun de ses sujets ne pouvait approcher, ni même regarder en face.
Rama IV joignit même le titre de Roi des Karen à ses nombreux autres titres royaux.

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Village karen de Sangklaburi
Photo de Laurent - http://www.safarinejet.com

Rama V (1868-1910) parcouru la Siam. Il rendit visite à plusieurs colonies karen. À cette occasion il en fit des citoyens thaïlandais, payant des impôts, élisant leurs chefs de village et de sous-districts.
L’assimilation en fut facilité et rapide. Les Karen s’établissent dans les villes, sont scolarisés, entrent dans la police et l’armée, adoptent le bouddhisme et leur niveau de vie atteint celui des Thaïlandais. Certains font fortune en vendant des produits rares destinés à l’exportation tels que du bois précieux comme l’aquilaria  [4]), des cornes de rhinocéros, des défenses d’éléphant.

Vers la fin du XIXe siècle, l’entourage du roi Rama V le mis en garde contre les Karen et ce dernier infléchit sa politique, l’administration thaïlandaise nomma un fonctionnaire thaïlandais à la tête de l’enclave karen et de toutes les institutions de taille supérieures au village, le titre de Phra Si Sawan n’étant plus que purement honorifique.

Durant son règne des épidémies de variole décimèrent les Karen dans les montagnes de Sangkhlaburi. La plupart des villages forestiers furent abandonnés. Certains Karen retournèrent en Birmanie, d’autres se réfugièrent dans les villes et d’autres descendirent s’installer dans la vallée de Sangkhlaburi.
Ils cultivaient la terre en pratiquant l’essartage [5] avant la construction des grand barrages de Vachiralonkon et de Srinakarin
La forêt secondaire est le royaume des Karen ; c’est leur territoire, un milieu à la fois amical et hostile, car c’est celui des divinités. Les Karen se considèrent comme les fils, les enfants de la forêt, pour eux une forêt sans Karen n’est pas une forêt véritable. Les Karen sont marginalisés dans la société thaïlandaise, menacés d’expulsion de leurs anciennes zones d’habitat notamment par la construction de barrages qui inondent leurs territoires. Ils sont donc de plus en plus fragilisés.
Dans l’ouest de la Thaïlande, dont font partie les districts de Thong Pha Phum et de Sangkhlaburi où les Karen ont colonisé des espaces vierges, la forêt primaire a reculé, mais il en reste plus que partout ailleurs en Thaïlande. Une partie de cette forêt est au stade du climax  [6]

Les Pwo sont encore nombreux et leur culture est vivace dans les districts de Thong Phaphum et de Sangkhlaburi.. Les villages Karen sont situés au sein de territoires qui ont été utilisés depuis plus de 200 ans, chacun d’entre eux est entouré d’une zone de forêt primaire intacte qui peut atteint parfois quatre à cinq kilomètres (voir l’article de Bio-Logiques.
Une des tribus de Sangkhlaburi s’est reconvertie dans le tourisme et organise des promenades en bateau, à dos d’éléphant et en radeau de bambou.



Dans le camp de réfugiés de Mae La, province de Trat [7]


La danse du dong , une manifestation culturelle d’origine pwo, jouait un rôle important dans le maintien des règles socio-culturelles de la communauté. Le dong mong yo , le style de danse traditionnel a disparu. Il est à l’origine dans les années soixante d’une nouvelle forme au rythme plus vif, dérivée du

sah luh plong dong des Karen animistes, le yin kye mu dong ou culture dong], toujours très vivant.
Langage.
- Famille linguistique : sino-tibétaine.
- Groupe linguistique : tibéto-birman.
- Branche linguistique : karenni
Les deux langues principales parlées en Thaïlande sont le sgaw et le pwo. Ces dernières sont très différentes l’une de l’autre. Il existe également de nombreux dialectes utilisant fréquemment des mots des langues birmanes, môn, shan et thaï.

Notes

[1Que l’on écrit aussi Sangkhlaburi ou Sangkhla Buri

[2Principalement des tissus de coton.

[3Le col des Trois Pagode (ด่านเจดีย์สามองค์ - dan chedi sam ong) est situé 282 m d’altitude dedans les monts Bilauktaung , frontière naturelle entre le sud de la Birmanie et la Thaïlande. Les monts Bilauktaung constituent le massif le plus élevé de la chaîne du Tenasserim. Le col relie la ville birmane de Payathonsu à la ville thaïlandaise de Sangkhla Buri. C’est la route terrestre principale entre l’État Karen en Birmanie et l’ouest de la Thaïlande. Le bouddhisme a pénétré au IIIe siècle dans l’actuelle Thaïlande par cette passe.

[4Aquilaria est un arbre tropical, parfois buissonnant, haut de 6 à 20 m) et présent dans le sous-étage forestier de forêts tropicales de Thaïlande. Les aquilarias sont éparpillés et le plus souvent sous la canopée.

[5L’essartage ou sartage ou essartement est le défrichement d’une parcelle de forêt pour sa mise en culture temporaire ou permanente. Les Karen cultivaient le riz en cultures non irriguées.
La perception du milieu, la notion de territoire et sa gestion par les Karen sont remarquables au point qu’ils sont souvent considérés comme essarteurs écologistes dans les zones qui ont pu conserver le style de vie traditionnel.

[6Dans le domaine de l’écologie, le climax désigne l’état final d’une succession écologique ; l’état le plus stable dans les conditions abiotiques existantes. C’est un état théorique ; en réalité différents stades de la succession écologique coexistent.
Lorsque cet état est atteint, l’énergie et les ressources ne servent théoriquement qu’à maintenir cet état. Lorsqu’un biome atteint son développement climacique, on fait référence à la végétation en parlant de « végétation climacique ».
Sans intervention humaine, une série de végétation évolue jusqu’à ce que l’écosystème soit dominé par un type de végétation stable, on parle alors de climax écologique (Wikipedia).

[7La province de Trat est contigüe au district de Sangkhlaburi.