Le Pont de la Rivière Kwaï

Le Pont de la Rivière Kwaï : le film

Le pont de la rivière Kwai, est resté pour beaucoup comme un film de guerre, mais c’est surtout le fabuleux air sifflé [1] : « Hello ! Le soleil brille, brille, brille » qui persiste dans les mémoires.
Le film « Le Pont de la Rivière Kwaï » a été tourné au Sri Lanka
 [2]
Le pont de la rivière Kwai

Le Pont de la Rivière Kwaï du film de David Lean fut construit sous la férule de Sam Spiegel, producteur du film, et de son équipe de spécialistes.

L’ouvrage a demandé huit mois de travail. Environ 1.500 arbres géants ont été abattus dans la jungle, débités en poutres, transportés par quarante-huit éléphants jusqu’au site de construction, enfoncés dans le sol pour donner corps au plus imposant ouvrage jamais réalisé au Sri Lanka (130 m de long sur près de 28 m de haut) pour un coût de plus de 250.000 dollars.
Un superbe édifice qui allaient partir en fumée, une semaine après son achèvement, pour une scène de trente secondes au cours de laquelle 1.000 tonnes de dynamite pulvérisait le pont au moment où une locomotive tirant six wagons passerait.
 Le Pont de la Rivière Kwaï
Le train a été acheté au gouvernement sri-lankais qui l’avait acheté lui même à un maharadjah indien. Le train venait d’achever une carrière de soixante-cinq ans de bons et loyaux services. Il fut restauré avec soin. Un kilomètre et demi de voie ferrée fut posée pour amener le train au pont. Les experts des Industries Chimiques Impériales, spécialement venus d’Angleterre, firent sauter le pont et le train, les réduisant en pièces, devant les objectifs de six caméras Cinémascope et Technicolor. Tout devait parfaitement fonctionner car il ne pouvait y avoir de seconde prise.

Un pont et un train en modèle réduit aurait suffi, grâce à un trucage, pour un coût et un travail bien moins important. Mais le producteur voulait apporter «  le sceau de l’authenticité  ».

Sam Spiegel avait obtenu les droits d’adaptation de l’auteur, Pierre Boulle et de son éditeur en 1954, lors d’un passage à Paris. Il confia l’écriture du scénario à Michael Wilson et Carl Foreman. Trois ans plus tard, c’était la sortie du film. Durant ce temps Spiegel fit quatre fois le tour du monde, recherchant assidûment la perfection.
Les rôles des quatre protagonistes clés furent confiés à William Holden, Alec Guinness, Jack Hawkins et, à un jeune acteur de théâtrenew-yorkais de 23 ans, Geoffrey Horne.

Jack Hawkins fut la première vedette engagée pour jouer le rôle de Warden, un commando britannique à la tête d’un commando envoyés dans la jungle infestée d’ennemis pour faire sauter le Pont de la rivière Kwaï.

Dans le scénario, Nicholson prisonnier des Japonais, décide de participer à la construction du pont sur la rivière Kwaï afin de prouver le courage et la discipline des prisonniers.

Le pont était achevé ; le tournage de préproduction devait débuter le 1er octobre. À Tokyo, le producteur engagea Sessue Hayakawa, acteur célèbre pour ses rôles de méchant dans les films muets Hollywood, pour le personnage de Saito , le chef japonais, responsable du camp de prisonniers.

William Holden, alors numéro un du box office hollywoodien, interpréta le rôle majeur du seul Américain du film Le Pont de la Rivière Kwai  : un marine qui s’échappe du camp de prisonniers en début de film et revient avec un commando britannique pour détruire le pont.

Après un casting vain de près d’une centaine de jeunes gens, Spiegel découvrit en Geoffrey Horne, l’acteur qui lui fallait.

Sur place, Spiegel n’eut aucun mal à trouver des figurants : des planteurs, des commerçants, des bijoutiers pour interpréter les soldats britanniques dans le camp de prisonniers. Des marins du port de Colombo rejoignirent également l’équipe. Au final, trente-sept pays étaient représentées parmi les interprètes. Certains de ces hommes avaient servi en Chine, en Birmanie ou en Inde lors de la Seconde Guerre mondiale, ce qui contribua au réalisme du film.

Les habitants de Kitulgala et des environs ont construit le pont sous la maitrise d’une des entreprise d’ingénierie locale. Une carrière abandonnée, l’aspect lugubre, sec et brûlé recherché, près du village de Mahara, à un kilomètre, servit de décors aux scènes du camp de prisonniers.
Le film : Le Pont de la Rivière Kwaï
Spiegel obtint la coopération du gouvernement sri-lankais qui proposa des militaires comme figurants, aida au transport de l’équipement et fit même participer des soldats à la construction du pont.
La RAF [3] prêta des parachutistes pour les scènes de largage et L.E.M. Perowne, général de division de l’armée britannique, membre d’un commando en Extrême-Orient lors de la Seconde Guerre mondiale, servit de conseiller technique pour les affaires militaires britanniques sur le film.

Le gouvernement japonais participa aussi au film, en apportant une aide technique pour les scènes dans le camp de guerre.

David Lean et son équipe ont passé pas loin d’une année au Sri Lanka. La construction du pont a débuté aux printemps 1956 pour s’achever fin septembre. Après le début du tournage de préproduction, le 1er octobre 1956, le tournage avec les vedettes commença en novembre avec Guinness, Holden le rejoignit fin décembre. Le tournage nécessita huit mois, et pris fin en mai.

Le pont était plus haut que tout autre ouvrage dans l’ile. c’était aussi un des plus grands décors jamais construit pour un film. La conception du pont portait également le sceau de l’authenticité. Lors des recherches de David Lean et son équipe pour le film, un homme vint les voir avec un morceau de papier de riz décoloré sorti en fraude de Birmanie lors de la guerre. Le papier contenait les détails et un croquis d’un pont de la Ligne de la Mort, qu’un commando anglais aurait dû récupérer afin de situer le pont et le détruire. C’est ce croquis qui servit de modèle au pont du film.

Dans leurs recherches, Lean et son équipe interrogèrent également des centaines d’anciens prisonniers de guerre qui avaient travaillé sur la Ligne
de la Mort. Les récits de leurs expériences furent souvent incorporés
au scénario.
Aussi longue et prenante que fut cette préparation, Spiegel ne fit rien pour l’accélérer. Bien que le coût du film s’élevât en définitive à 3 millions de dollars, Spiegel maintint résolument qu’il voulait un bon film et non un film bâclé. À Kitulgala, où se trouvait le pont, il fit construire un luxueux camp pour héberger son équipe. « La vie peut être très dure dans la jungle » affirmait Spiegel après son expérience du tournage de African Queen . «  Cette fois, nous aurons droit au confort. » Les membres de l’équipe reconnaissants baptisèrent le camp « Vallée-Spiegel » . Dans la « Vallée-Spiegel », certains soirs, Spiegel programmait des séances de cinéma et invitait des enfants des villages voisins, propres et vêtus de leur plus beau sarong ou sari, à voir le premier film de leur vie.

 Le Pont de la Rivière Kwaï
Pour les Sri Lankais, voir des aventures à l’écran était presque moins excitant que suivre les aventures d’une équipe de cinéma évoluant autour d’eux. De même pour l’équipe, Le Pont de la Rivière Kwai fut une aventure, avec son lot d’épreuves, voire de drames. L’assistant réalisateur, John Kerrison, fut tué dans un accident de circulation. Un maquilleur fut sérieusement blessé dans ce même accident. L’état des routes fut également à l’origine de l’accident de moto dont fut victime un caméraman. De nombreux figurants, au garde à vous dans le camp de prisonniers, furent assommés par la chaleur et souffrirent même d’insolation. Un cascadeur, nageant dans les rapides de la rivière, échappa de peu à la noyade dans les courants violents. Deux hommes qui essayaient de le récupérer durent également être secourus. Insistant pour nager dans ces mêmes rapides au lieu de laisser faire les cascadeurs, William Holden et Geoffrey Horne effectuèrent une scène dangereuse qui se déroula sans encombre mais dont Horne ressortit avec de profondes coupures sur les jambes.
Le Pont de la Rivière Kwaï
Une nuit, un camion transportant de l’essence, prit mystérieusement feu à quelques mètres du pont, truffé de dynamites pour la scène capitale. Le chauffeur sauta du véhicule en flammes qui poursuivit sa course en direction du pont. S’il explosait sur le pont, les mois de travail passés à le construire partiraient en fumée. Les hommes de l’armée sri-lankaise stationnés sur place pour protéger le pont risquèrent leur vie pour détourner le camion et le diriger vers un ravin. Il atterrit dans la rivière où il explosa, suffisamment loin du pont.

Une nuit, un camion transportant de l’essence prit mystérieusement feu à quelques mètres du pont, truffé de dynamites pour la scène capitale. Le chauffeur sauta du véhicule en flammes qui poursuivit sa course en direction du pont. S’il explosait sur le pont, les mois de travail passés à le construire partiraient en fumée. Les hommes de l’armée stationnée sur place pour protéger le pont contre tout sabotage risquèrent leur vie pour détourner le camion et le diriger vers un ravin. Il atterrit dans la rivière où il explosa, suffisamment loin du pont.
Le film : le pont de la Rivière Kwaï
Spiegel fit creuser des marécages spécialement pour le film. Même s’il y a des marécages dans l’ile, ils étaient considérés comme trop dangereux pour que Holden, Hawkins, Horne et les quatre actrices thaïlandaises les traversent. Malgré ces précautions, les acteurs en sortaient couverts de sangsues.
Il fit construire un barrage sur la rivière pour contrôler le niveau des eaux. Malgré cela, une scène qui devait être tournée que dans très peu d’eau fut retardée pendant onze jours, les pluies ayant fait monter le niveau des eaux à plus de deux mètres de haut.

Finalement, après des mois de préparation, de précision et de minutie, la scène capitale du Pont de la Rivière Kwai fut tournée : l’explosion du pont. Elle fut eu lieu le 11 mars 1957. Six caméras furent chargées de filmer l’explosion de près. Les caméramans devaient abandonner leur caméra quelques secondes avant l’explosion et se mettre à l’abri. Ces abris étaient reliés par une alarme au PC de Sam Spiegel et les caméramans devaient appuyer sur un bouton pour signaler qu’ils étaient hors de danger. Spiegel put donner l’ordre de faire sauter le pont.

« Un caméraman oublia d’appuyer sur le bouton. De plus en plus consterné, Spiegel attendit ; tous les autres caméramans avaient signalé être à couvert. Le train qui devait être détruit avec le pont se rapprochait. Que devait faire Spiegel ? Il s’agissait du tournage de la plus grande scène du film mais si un caméraman n’avait pas regagné son abri, il pouvait être encore trop près du pont pour être blessé, voire tué. Spiegel ne donna pas l’ordre de déclencher l’explosion : le train traversa le pont, continua sur les quelques mètres de voie ferrée posés au-delà du pont avant de sortir des rails.

L’équipe dut travailler toute la journée et toute la nuit pour réparer les dégâts. On utilisa des éléphants pour remettre le train sur les rails et le ramener à son point de départ. Le lendemain matin, l’explosion eut bel et bien lieu. Aucune erreur humaine ne vint interférer cette fois. Spiegel obtint une escorte policière pour transporter la pellicule de l’explosion à l’aéroport de Colombo, à quatre-vingt-dix kilomètres de là. Le métrage fut transporté à Londres dans trois avions différents afin d’être sûr qu’une partie pour le moins arriverait sans problème.

À Kitulgala, après la destruction du pont, les chasseurs de souvenirs envahirent les décombres. Certains prirent du bois d’œuvre et s’en servirent pour construire des clôtures et des hangars. Les ferrailleurs s’intéressèrent à ce qu’il restait du train et le courant de la rivière se chargea du reste. Quant aux villageois, on dit qu’ils sont encore nombreux à se rendre sur le site pour le contempler. Ils regardent le décor et ne comprennent toujours pas pourquoi après avoir fait construire un pont, on veut le détruire ni pourquoi après avoir tracé une route sur une colline, on l’abandonne.  »

NB : Ce texte est largement et librement inspiré des Notes de production du site commeaucineme.com


Le Pont de la rivière Kwaï un film est devenu avec le temps l’exemple type de la machine à oscars nuisit à laréputation de David Lean. Le Pont de la rivière Kwaï ressemble aux autres gros films des années 50.
En réalité le film est très différent de ces supe-productions : pas de triomphalisme, des personnages sans éclat, William Holden étonnant déserteur américain, Alec Guinness autodestructeur et égocentrique et un timing, une organisation de l’espace et de la narration très en avance sur son temps.

«  Dans une assez longue scène, le commando formé par William Holden et Jack Hawkins est surpris par des soldats japonais. L’un d’eux s’échappe et doit être à tout prix rattrapé pour éviter qu’il ne donne l’alerte. Dans une forêt de palmiers, où la lumière du soleil à travers les feuilles donne à chaque plan un effet stroboscopique, le Japonais est mis à mort. Le sang des cadavres des deux autres soldats rougit l’eau des cascades.

Ces images panthéistes, d’une nature dérangée par le chaos de l’homme, marquent les esprits. Les cinéastes comme Michael Cimino ont souvent manifesté leur admiration pour Lean, et quand on regarde le déroulement de cette scène, sa progression inexorable, la tension qui monte à chaque seconde, on comprend aisément pourquoi.  »


Le Pont de la Rivière Kwai


Un film de David Lean, avec Sessue Hayakawa, William Holden, Alec Guinness, Jack Hawkins...
Titre original : THE BRIDGE ON THE RIVER KWAI (Etats-Unis)
Genre : Guerre, Historique - Duree : 2H40 mn
Sortie en salles le 18 Décembre 1957
Année de production : 1957
D’après la nouvelle de Pierre Boulle, Le Pont de la Rivière Kwaï

Notes

[1Une interprétation à l’harmonica avec tablature ;-) par Paul Lassey

[2Le Sri Lanka, la République démocratique socialiste de Sri Lanka ou, en cingalais Sri Lankā, en tamoul Illankai, anciennement Taprobane dans les textes grecs de l’Antiquité, Serendib dans les textes arabes et persans puis Ceylan jusqu’en 1972, est situé à une trentaine de kilomètres au sud-est de l’Inde. Sa population est d’environ vingt millions de personnes d’origines, religions, langues et coutumes différentes.

[3Royal Air Force