Prix du riz, salaire minimum garanti

Le gouvernement tiendra-t-il ses engagements

À l’heure du bilan des pires inondations qu’ait connu la Thaïlande avec plus de 650 morts, le gouvernement de Yingluck Shinawatra
 [1].

« Elle séjourne à l’hôpital Rama IX », a indiqué Titima Chaisang, le porte parole du gouvernement.]] entend respecter ses engagements concernant le prix d’achat du riz aux agriculteurs.
Rizière en isan

Depuis la tempête tropicale Nok Ten, fin juillet 2011, les inondations ont touché environ quatre millions de logements et plus de treize millions de personnes, dans 64 des 77 provinces du pays.

Les dégâts occasionnés par les inondations approcherait 28 milliards d’EUR de pertes, selon le Comité national du développement socioéconomique de la Thaïlande et même 32 milliards d’EUR si on en croit la Banque mondiale.

Yingluck a du affronter des sa nomination comme Premier ministre par le Roi début aout, une situation catastrophique conséquence de vingt années de négligence dans la gestion des eaux et des risques et d’une météo exécrable. Le SRAS en 2003 [2], la rébellion musulmane en 2004 [3], le tsunami au lendemain de Noël 2004 [4], le coup d’État militaire de 2006 et la grippe aviaire [5] la même année, les manifestations des Chemises jaunes en 2008 avec en point d’orgue le « coup d’État soft » d’Abhisit, la répression sanglante des manifestations des Chemises rouges en 2010 n’ont pas créé les conditions favorables pour s’occuper des risques naturels. Le programme amorcé timidement par Thaksin en 2005 a été abandonné par la junte après le coup d’État en 2006 et il a fallu attendre 2009 pour voir le gouverneur de Bangkok [6] prendre en compte les mises en garde des services de l’ONU (1992 et surtout 2007) et entreprendre l’amélioration du drainage de la capitale.

Une politique de consommation intérieure

Malgré cette situation difficile le gouvernement persiste dans sa décision d’acheter le riz aux agriculteurs 50 %de plus que l’an dernier. cette décision est dans le même esprit que la politique de consommation intérieure conduite par son frère en 2000 et dont le succès n’est nié par personne.

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Simples promesses électorales ou engagemants fermes ?

Durant la campagne électorale les amis de l’ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra, cet engagement avait été pris sa jeune sœur portée au pouvoir en juillet 2011.
La décision de relever le salaire minimum garanti dès avril 2012 avait déjà irrité les partisans de la rigueur, affidés du FMI [7].
Les esprits chagrins font valoir que ce n’est pas le bon moment et leurs arguments sont tout aussi nombreux que fallacieux : les prix mondiaux du riz sont faibles, les stocks importants dans toute l’Asie, les récoltes ont été bonnes en Asie et promettent de l’être encore en fin d’année, l’Inde a repris ses exportions après quatre ans d’interruption, la Thaïlande vient de subir des inondations catastrophiques... mais y a-t-il un bon moment pour aider les éléments les plus défavorisés de Thaïlande aux yeux des champion de l’économie néolibérale ?

Le FMI est en embuscade comme en 1997.

C’est en 1997 que le THB chute brutalement suite à une série d’attaques concertées des spéculateurs occidentaux. Un mouvement massif de retraits de capitaux ayant suivi et provoqué des récessions de 6 % en Thaïlande et de 14 % en Indonésie en 98. La décision des autorités de laisser flotter le THB avait entrainé vers le bas la roupie indonésienne (IDR - perdra 80 %), le ringgit malaisien (MYR) et le peso philippin (PHP). La Corée, Taïwan, Singapour et Hong Kong ont subit le contre coup de la crise thaïlandaise dès le mois de septembre 1997.

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Les amis du FMI à l’œuvre
la démocratie sauce FMI/BCE/CE en action !!
Grèce, 15 juin 2011

Le FMI était alors arrivé avec ses grands sabots, en prônant des mesures d’austérité drastiques au détriment des plus pauvres comme à son habitude. Un prêt de 17,2 milliards de USD fut consenti dans le but d’offrir sur un plateau d’argent les entreprises thaïlandaises en faillite à l’appétit insatiable des financiers de la communauté internationale néolibérale. De très nombreuses petites et moyennes entreprises étant devenues insolvables ont été bradées aux capitaux étrangers. En trois ans les investissements étrangers dépasseront ceux des onze années de développement économique qui avaient précédé en Thaïlande. Le politicien du Parti Démocrate, Chuan Leekpai ayant abdiqué devant les ukases du FMI. Milton Friedman dira que sans l’intervention du FMI en Thaïlande, en Indonésie et en Asie, « il n’y aurait pas de problème en Asie. Il y aurait peut-être des cas isolés, comme la Thaïlande, mais il n’y aurait pas une si grande crise à travers l’Asie ».
La Malaisie visée par les spéculateurs a refusé le programme d’ajustement du FMI. Le gouvernement malaisien eu une politique contraignante envers les banques et a maintenu le contrôle des changes. Le FMI avait tancé vertement la Malaisie qui a « l’illusion qu’on peut se tenir à l’abri d’une crise internationale grâce à un contrôle des changes ». Au final la Malaisie et sorti de la crise en meilleure forme que ses voisins… L’échec de la gestion de la crise asiatique n’a semble-t-il pas profité au successeurs de l’expert qui se trompe toujours : Michel Camdessus...

Thaksin en impulsant le développement de petites et moyennes entreprises, en réalisant la fusion entre les pratiques traditionnelles et un haut niveau de technologique, va permettre de remonter la pente, avec des mesures à contre-courant des recettes frelatées du FMI. Le prêt du FMI est remboursé avec deux ans d’avance, en juillet 2003. En quatre ans [8], la richesse nationale du pays progresse de 35 % atteignant 171 milliards USD, les réserves en devises progressent de moitié atteignant 49 milliards USD. La dette publique passe de 62 % à 47 % du PIB.
Au lendemain du coup d’État de septembre 2006, les généraux putschistes mettront au commande de l’économie des anciens membres du FMI et de la Banque mondiale [9], c’est ainsi les investissements étrangers exploseront en 2007 avec 11 323 987 645 de USD, atteignant un niveau inégalés dans l’histoire du royaume.

Retour aux inondations

Inondation à Bangkok
Le gouvernement de Thaksin avait donc commencé à réaliser un plan de prévention contre les inondations, ce projet a été interrompu lorsqu’il a été renversé par les militaires en 2006. « Les dégâts causés par les dernières inondations n’auraient été qu’un cinquième de ce qu’ils ont été, si mon projet avait été mis en œuvre comme prévu », a-t-il précisé au cours d’une récente visite en Corée. Le gouverneur démocrate de Bangkok se préoccupera du problème en initiant un plan venant à échéance en 2015. Il avait inauguré en grande pompe (sic) la premier tunnel mis en service en janvier 2011. Ce même gouverneur a eu un rôle ambiguë dans la gestion de la crise en contre-carrant systématiquement les décisions du gouvernement et jouant une carte politique éhontée. Le style hésitant et précautionneux de Yingluck, très différent de celui brutal de Thaksin, a renforcé une gestion désastreuse, pratiquement et politiquement, d’une crise dont il n’existait pas de solution satisfaisante. Le choix de préserver le centre historique et financier de Bangkok au détriment des quartiers populaires et des provinces du nord n’est pas politiquement très adroit.
Reste à prouver qu’il l’a été économiquement.

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Rolls à Bangkok, 260 ans du prochain salaire minimum à Bangkok
Le salaire minimum garanti va être porté à 300 THB (7, 22 EUR) par jour en avril 2012.


Si le gouvernement veut réussir son pari, il devra faire payer les nantis, abolir les privilèges d’un ancien temps, rétablir une constitution démocratique à l’image de celle de 1997, supprimer les lois contraires à la liberté individuelles comme celles régissant le crime de lèse-majesté et la sécurité intérieure... bref s’attaquer à la corruption d’un régime au service de l’élite, de l’armée et de l’administration, diminuer les inégalités criantes, rétablir l’égalité et la citoyenneté de tous les Thaïlandais [10] et réussir là où Thaksin, un homme politique à l’ancienne, avait échoué.

Notes

[1Le Premier ministre thaïlandais, Yingluck Shinawatra, a été brièvement hospitalisée mardi 29 novembre 2011 au matin pour une intoxication alimentaire [Le lendemain 30 novembre 2011 elle a effectué un voyage protocolaire au Vietnam.

[2La pneumonie atypique, SRAS (Severe Acute Respiratory Syndrome en anglais).), est une maladie infectieuse provoquée par un virus de la famille des coronavirus. Elle est caractérisée par un syndrome respiratoire aigu sévère.
Bien qu’elle ait eu un impact négligeable sur la santé en Thaïlande, Sept cas dont deux mortels, elle a provoqué un nombre démesuré d’annulation de voyages
en Asie.

[3Le 4 janvier 2004, des hommes en arme attaquent une caserne du sud de la Thaïlande, tuent quatre soldats et dérobent 300 armes. Le gouvernement proclame la loi martiale dans plusieurs districts du Sud. Elle est encore en vigueur 7 ans plus tard dans les provinces de Pattani, Narathiwat et Yala.

[4Le 26 décembre 2004 un séisme de 9,1 - 9,3 se produit dans l’océan Indien au large de Sumatra.
Le séisme a provoqué un tsunami d’une rare violence vers les côtes des pays de l’océan Indien et d’Afrique. les vagues ont atteint 35.
En Thaïlande, les dégâts ont été considérables. Pas loin de quatre cents villages ont été rasés, plus de trois mille maisons détruites et deux mille détériorées. On évalue a 2,09 milliards de USD le montant des pertes. Le bilan des victimes a été établi à 5.395 morts, 2.845 disparus et 8.457 blessés.

[5Les premier cas de grippe aviaires sont apparus un peu avant 2004 (Douze décès avant cette année).

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Volailles sacrifiées lors de la grippe aviaire


En un an plus de 70 millions de volailles qui ont été sacrifiées. Une mobilisation très efficace du gouvernement de Thaksin assorti d’une organisation massive des moyens a permis de limiter les dégâts.

[6

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Le Prince Paribatra gouverneur de Bangkok
Le Gouverneur Sukhumbhand Paribatra une statue de Bouddha au cours d’un rite religieux hindou à City Pillar le 8 oct.. La cérémonie était destinée maintenir les eaux de crue éloignées de la capitale.

‘Le gouverneur de Bangkok, dans le sobriquet est le ” Prince idiot “, Mom Rajawongse Sukhumbhand Paribatra est le fils du Prince Paripatra Sukhumbhand, Prince de Nakhon Sawan, lui-même unique fils de Chulalongkorn (Rama V) et de la Reine Consort Sukumalmarsri elle même 52e fille du père de Rama V, le roi Mongkut).
En 2011, le Prince idiot, a organisé une cérémonie bouddhiste hindoue pour repousser l’eau au loin alors qu’il refusait toute coordination avec le gouvernement élu. Les Démocrates et les Chemises jaunes, soutenus par les médias, faisant du bilan de l’action gouvernementale pendant les inondations, le responsable d’une situation créée par Mom Paribatra.

[7Un des dadas du FMI est la suppression du salaire minimum garanti. Je cite : « La hausse tendancielle du SMIC (en France), en renchérissant le coût du travail, a évincé les jeunes et les non-qualifiés du marché du travail. Elle a par ailleurs comprimé l’échelle des bas salaires et découragé le travail. [...]. Par conséquent, nous saluons la décision de ne pas accorder de coup de pouce au SMIC en 2007 et suggérons qu’elle soit pérennisée. » Vive DSK et le FMI !

[8Entre 2001 et 2005

[9Le ministre de l’économie, d’Abhisit, Korn Chatikavanij, venait de la JP Morgan Chase et vient de la haute bourgeoisie thaïlandaise.

[10Les minorités ethniques, les immigrés sont privés de tous les droits élémentaires dans le Siam hérité de décennies de dictature militaire profondément raciste.