Il y a une vie après le latex

Le bois d’hévéa

Le bois économique des plantations d’hévéas, abattus en fin de production de latex, a trouvé un débouché en produits finis de haute valeur généralement réservés aux bois plus nobles comme le teck.
Le bois d’hévéa a supplanté les bois de feuillus tropicaux légers en tant que bois d’œuvre pour la fabrication de mobilier et de matériaux de construction d’intérieur.

Les raisons principales résident dans ses qualités de bois d’œuvre et de menuiserie et dans les coûts faibles de la matière première, le bois d’hévéa étant un sous-produit agricole. Ce facteur le rend hautement compétitif par rapport au bois d’autres essences forestières.
Un autre avantage est son aspect écologique : les plantations d’hévéas sont désormais gérées dans un esprit durable. L’acceptation du bois d’hévéa en tant que bois d’œuvre de plantation, durable et respectueux de l’environnement a contribué à son succès .

Le bois d’hévéa [1]) est de-venu la matière première d’une vaste gamme de produits de qualités diverses. Il vient remplacer le bois d’œuvre des forêts naturelles. Le bois d’hévéa est disponible dans les plantations agricoles au bout de 25 à 30 ans, lorsque le rendement en latex diminue [2].

Le bois d’hévéa est un bois d’œuvre relativement peu cher et produit en quantité. Il est aujourd’hui utilisé pour de nombreux produits réservés jusqu’à présent aux bois de feuillus plus rares et plus précieux, comme le teck [3] ; parmi ces produits : le mobilier, les parquets, les panneaux, les matériaux de construction d’intérieur... Cependant, le bois d’hévéa, qui n’a pas les caractéristiques de durabilité du teck, il ne convient pas à certaines utilisations, comme la construction de navires, de bastingages, de piliers de construction et de poteaux électriques.

Les grandes disponibilités de bois d’hévéa s’expliquent principalement par le fait qu’il est le sous-produit de la production industrielle du latex.

Les problèmes techniques rencontrés dans le traitement et l’utilisation du bois d’hévéa ont été surmontés par les pays d’Asie du Sud-Est au cours des vingt dernières années, et le bois d’œuvre est commercialisé avec succès dans le monde entier après avoir rencontré le succès localement.

En 1876, un anglais, Sir Henry Wickham, rapporta clandestinement du Brésil en Angleterre de jeunes plants d’hévéa. Ceux qui survécurent furent ensuite transférés au nouveau jardin botanique de Singapour. Ils sont à l’origine des premières plantations d’hévéas dans toute l’Asie du Sud-Est depuis le début du XXesiècle. En 2011, les plus grands producteurs de caoutchouc sont les pays d’Asie du Sud-Est ; le Brésil ne joue guère désormais qu’un rôle anecdotique.

L’exploitation des hévéas commence entre la cinquième et la septième année et se poursuit pendant 20 à 30 ans. Après ce délai, l’exploitation perd sa rentabilité car la production de latex diminue. Les arbres sont abattus et remplacés par de nouveaux plants. Autrefois, les hévéas coupés étaient soit brûlés sur place en pure perte, soit utilisés comme combustible pour les locomotives à vapeur, la cuisson des briques ou le séchage du latex.

Un hévéa adulte mesure une trentaine de mètres, avec un fût d’environ trois mètre. Le diamètre à hauteur d’homme [4] peut atteindre 30 cm. Le tronc est généralement effilé. Les jeunes hévéas ont une écorce lisse d’une teinte marron-vert. Avec le temps, les parties de l’écorce constamment exploitées deviennent suintantes de gomme.

Plus de 80% des 7,2 millions d’ha de plantations créées dans le monde entier pour la production du latex en 1999 se trouvent en Asie du Sud-Est, dont 70 % [5] en Indonésie, Malaisie et Thaïlande [6].
On estime, en supposant une récupération de bois scié de 25 à 45 %, que seulement 5% du volume de bois d’hévéa a été converti en produits ligneux destinés à la combustion ou en produits élaborés ; le reste a été abandonné sur place dans les plantations, ou brûlé.
Les coûts de transport des grumes sont généralement pris en charge par le fournisseur. Les prix du bois d’hévéa étant faibles, en particulier pour les grumes de qualité inférieure, les gains financiers des petits producteurs provenant de la vente étaient négligeables [7]. Aussi les petits exploitants préfèrent-ils souvent brûler les grumes ou les laisser pourrir sur place après l’abattage. La plus grande partie du bois d’hévéa utilisé à l’échelle industrielle provient, de ce fait, des grandes plantations, où les grumes sont de qualité supérieure et les coûts de coupe et de transport par grume réduits.

Dans les années 90, l’intérêt concernant les disponibilités futures de bois d’hévéa en Asie a donné naissance à des recherche sur la sélection d’hévéas dans le double objectif de hauts rendements de latex et de bois d’œuvre. La superficie globale plantée en hévéas garantit les approvisionnements présent et futur en bois. Le bois d’hévéa occupe d’une position incomparable face aux autres espèces de feuillus tropicaux pour le volume disponible.


> Le bois d’hévéa fraîchement scié est blanc ou crème, parfois teinté de rose, au fil relativement régulier. Il tourne au jaune en séchant. Le duramen et l’aubier [8] ont la même coloration. Les pores, larges et diffus, se présentent sous la forme de lignes marron radiales et tangentielles.

La densité du bois d’hévéa sec varie entre 560 et 650 kg par m3, selon le clone, l’âge, le site et l’aménagement de la plantation. Le bois d’hévéa frais a une teneur initiale en humidité de 60 à 80 % [9]. L’hévéa a tendance à développer des défauts au séchage ; la courbure ; le gauchissement ; le voilement et la gerce, en particulier sur le bois parfait [10]. Une décoloration marron est parfois observée après le séchage au séchoir.

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Maison en bois d’hévéa
Maison à ossature en bois avec espace jour en rez-de-chaussée et trois chambres à l’étage, proposée par la société française Ossabois.

Le bois d’hévéa est bien adapté pour la menuiserie, l’usinage-sciage, le perçage, le tournage, le clouage et le collage. Le latex restant peut encrasser les dents de la scie, qui doivent être nettoyées régulièrement. Le bois d’hévéa est facile à moulurer avec des rythmes d’alimentation de plus de 20 m à la minute [11].
L’assemblage à entures [12] multiples est souvent utilisé pour obtenir de plus grandes dimensions. Le bois d’hévéa peut être courbé à la vapeur. Lorsqu’il est correctement poncé, il absorbe bien les couches de vernis et peut aisément être teinté pour ressembler au noyer, au cerisier, au chêne et aux autres bois, en fonction de la demande. Sa résistance et ses propriétés mécaniques sont comparables à celles des bois d’œuvre utilisés habituellement pour le mobilier et la menuiserie.
La coloration claire du bois d’hévéa en fait un bon produit de remplacement du ramin  [13], qui est connu pour ses qualités de bois d’ameublement. La coloration naturelle du bois d’hévéa est une des raisons principales de son succès au Japon, où il remplace des bois plus traditionnels dans un vaste éventail de productions.

Les liens commerciaux et industriels, établis depuis longtemps, entre la Thaïlande et la Scandinavie suite au commerce du teck ont facilité l’adoption des concepts de design et de qualité scandinaves dans la transformation du bois d’hévéa, avec pour résultat, des produits de bonne qualité.

L’industrie des sciages d’hévéas en Thaïlande est bien développée avec une centaine d’usines. La transformation en aval est en rapide essor,. Elle permet de palier en partie à l’appauvrissement des ressources naturelles en bois du pays, à l’interdiction d’exploitation des forêts naturelles et à la chute des disponibilités de teck.

Une grande partie des produits de sciage de l’hévéa en Thaïlande est transformée et utilisée dans le pays. Les exportations de bois d’hévéa scié de Thaïlande sont, de ce fait, assez faibles.

Le bois d’hévéa est commercialisé sous une diversité de noms, bois para, hevaru, frêne malais, chêne malais}. Ces appellations peuvent prêter à confusion être trompeuses en laissant entendre, par exemple, une parenté avec le chêne et le frêne.

Voir en ligne : http://www.fao.org/docrep/x4565f/x4...

Notes

[1Hévéa brasiliensis. Lire l’article consacré hevea brasiliensis

[2La tendance actuelle est aux cycles plus courts de 20 ans, c’est à dire dès la première diminution de la production de latex par l’hévéa.

[3Tectona grandis

[4Le diamètre à hauteur d’homme, DHH, est une hauteur standard pour mesurer le diamètre des arbres. Il est généralement situé à 1,3 m au-dessus du sol.

[5soit 5,2 millions d’ha

[6FAO, 1999

[7Kollert et Zana, 1994

[8
Le tronc de l’arbre est composé de cinq parties principales.
- Le duramen, bois de cœur , bois parfait ou xylème non fonctionnel est la partie dont laquelle les cellules sont mortes et durcies.
- L’aubier, xylème fonctionnel sert au passage de la sève. La sève, des minéraux et l’eau absorbés par les racines, vient du sol. Cette substance sert à nourrir l’arbre et permet d’effectuer la photosynthèse.
- Le cambium est une petite partie de l’arbre, mais aussi la plus essentielle. Elle est le lieu de la division cellulaire qui permet la croissance de l’arbre.
- Le phloème, la partie légèrement inférieure de l’écorce, permet de faire descendre les substances ou l’énergie vers la base de l’arbre lorsque les feuilles tombent.
- L’écorce externe protège l’arbre contre les agressions extérieures.

[9Killmann, 1992

[10Duramen. voir note au dessus.

[11Gloeckner, 1990 ; Rumboll, 1990

[12

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Assemblage utilisé de manière courante

Les entures sont des assemblages qui permettent le prolongement d’une pièces de bois, suivant une ligne droite ou suivant une courbe tangente à une pièce droite.

[13Gonystylus bancanus