Au sujet des odeurs et des gouts en Thaïlande

Des gouts et des odeurs en Thaïlande

Le fait que les Asiatiques considèrent le durian et les insectes comme de véritables gourmandises, alors que les Farang les jugent répugnants, nous interpelle et mérite une petite analyse.
Aussi surprenant que cela puisse sembler, l’ aspect agréable ou désagréable des odeurs est intégralement appris.

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Manger des insectes en Thaïlande

Ce qu’il faut savoir c’est que la culture dans laquelle nous vivons contribue fortement à la genèse de nos gouts en matière d’olfaction et de gustation.
Dès la toute petite enfance, nous effectuons des expériences de goût et d’odeurs et nous les voyons qualifiés petit à petit de bons ou mauvais.

En Europe, les odeurs évoquant les excréments ou la pourriture, sont qualifiées de de fétides, pestilentielles. Elles sont décrites et ressenties comme extrêmement désagréables et repoussantes. En Asie du Sud-Est, les odeurs tenaces, douces et âcres, légèrement nauséabondes, sentant le moisi, sont plutôt appréciées comme agréables. La traversée par un Farang d’un marché local thaïlandais odorant n’a pas le même agrément pour lui que pour un asiatique.
Camembert affiné
Notre camembert national, si apprécié des gastronomes français est loin de rallier les suffrages des américains par exemple. Lors du débarquement en Normandie, des soldats américains, alertés par des odeurs pestilentielles en provenance des habitations abandonnées, craignaient de découvrir des corps en putréfaction. En fait ce n’était que le délicat fumet du camemberts, très affiné, laissé sur place.
L’odeur anisée est fort appréciée en France,surtout dans le Sud, et très peu dans les pays anglo-saxons ; par contre, l’odeur de cannelle, qui ne suscite qu’un faible attrait en France, y est très goutée.

Nous avons tous eu à expérimenter de nouvelles saveurs, que ce soit dans un restaurant, chez des amis ou en déplacement à l’étranger. Nous en avons un souvenir agréable ou désagréable. Ce qui est certain c’est que pour aimer un gout nouveau il faut en faire l’apprentissage. Il n’existe pas de bonne ou de mauvaise odeur universelle. Selon les endroits et les époques, une odeur sera appréciée ou considérée comme infecte.

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Vaches sacrées à Bombay en Inde
Beaucoup de Thaïlandais répugnent à manger du boeuf et du lapin.


Manger s’apprend depuis le plus jeune âge, ainsi que le fait d’apprécier ce que l’on mange. Aimer le champagne, le caviar, les fromages forts, le durian, les grillons, le sang de jument mêlé au lait [1]et le piment se construit au fil des repas. Personne n’est gourmet, de naissance.
Ce que l’on peut manger et ce que l’on ne peut pas manger est, principalement, un choix culturel : chaque groupe de population décide, face à tous les produits disponibles, potentiellement consommables de habitat, de ce qui lui convient. L’aliment retenu l’est plus par une décision culturelle que pour une raison nutritionnelle ou économique [2].

Les être humains sont tous semblables, mais les règles de vie, les traditions et les apprentissages sont eux, différents. Dans le domaine des gouts et des odeurs, le choix joue un grand rôle et l’appris l’emporte toujours, et de loin, sur ce qui est inscrit dans l’organisme.

La découverte de nouvelles sensations olfactive et gustatives agréable n’est possible que si l’on est curieux, curiosité, ’ouvert au monde et tenace parfois. Les personnes qui ne se fient pas à leur a priori olfactif et leur peur de l’inconnu décèleront alors des plaisirs insoupçonnés.
C’est ce que nous vous invitons à faire en Thaïlande.

Notes

[1 Airag en MongolieChez les Mongols, la boisson la plus courante est le thé au lait salé. L’airag (kumis en Russie du sud), confectionné avec du lait de jument fermenté, est la boisson nationale. Une boisson difficile à consommer pour un européen. Et encore plus difficile à confectionner. Une jument donne entre 1 l et 1,5 l de lait en six traites par jour. Pour fabriquer un airag de bonne qualité, le lait doit être tourné 1.000 fois par jour ! Travail souvent confié aux enfants.
Pour les Mongols, le sang des animaux est pur et porteur d’énergie. Ils abattent le bétail en récupérant le précieux liquide vital, qu’ils consomment.
Les guerriers mongols avaient pour habitude de faire une saignée à leur chevaux, de mélanger le sang obtenu avec du lait de jument, et de boire le tout.

[2par exemple, le fait de consommer des insectes, des vaches ou du porc est un bon choix économique exclu par certaines cultures, en Europe, en Inde ou au Moyen-Orient.