Port en eau profonde

Dawei, le projet prend l’eau

Le projet de port en eau profonde de Dawei doit offrir à la Birmanie une zone de développement sur la mer d’Andaman. Le gouvernement thaïlandais qui est le principal investisseur, aurait modifié ses plans.
Le projet de port en eau profonde de Dawei

Dawei ce sont 13 milliards USD (9 milliards EUR) ; une zone de 250 km2  ; un port en eau profonde, un terminal pétrolier ; une zone industrielle pour des usines pétrochimiques, des aciéries et d’autres industries lourdes.
Côté transports, c’est une voie ferrée et une autoroute de à 160 kilomètres pour relier Dawei à Kanchanabui.

L’accord a été conclu le 11 octobre 2010 à Naypyidaw. Le consortium Italian-Thai Development (ITD), première entreprise de travaux publics en Thaïlande, doit le mettre en œuvre.
L’objectif pour le gouvernement thaïlandais était double : concurrencer Singapour, où transite une grande partie du fret maritime mondial, et délocaliser certaines de ses industries les plus polluantes.
Pour la Birmanie, il s’agissait de doter le Sud-Est du pays d’une d’activité avec pour objectif d’attirer 50 milliards de USD d’investissements thaïlandais, japonais, sud-coréens et chinois.

Ce projet est-il en train de sombrer ?
Peut-être, dit le journal The Irrawaddy [1] qui rapporte que les industriels japonnais seraient aujourd’hui plus intéressés par l’extension et le développement du port de Thilawa, non loin de Rangoon.

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Région de Pak Bara -Satun


Par ailleurs les autorités thaïlandaises ont donné leur feu vert, fin avril 2012, à la construction d’un nouveau port sur la mer d’Andaman dans le village de pêcheurs de Pak Bara, dans la province de Satun, en face de Phuket. Le projet abandonné, vieux de plusieurs années, est donc à nouveau d’actualité [2]

La suspension, en janvier dernier, par le gouvernement birman du projet de construction d’une centrale électrique au charbon de 4 000 MW à Dawei, est sans doute pour quelque chose dans ce possible revirement thaïlandais. Les autorités avaient dit se soucier des risques pour l’environnement et vouloir remplacer la centrale de 4 000 MW par une autre, à la capacité dix fois inférieure.
À cette décision s’est ajoutée plus récemment la visite du président birman Thein Sein au Japon . Il a invité des conglomérats nippons à développer le port de Thilawa.
De son côté, ITD assure ne pas abandonner le projet, même s’il est à ola recherche de partenaires.

Le 17 janvier nous écrivions :

Depuis un certain temps que la Thaïlande exprime son besoin de disposer d’un port en eau profonde sur la mer d’Andaman. Le village de pêcheurs de Pak Bara, dans la province de Satun , en face Phuket a longtemps été envisagée. Mais les habitants s’y sont opposés pour préserver des plages parmi les plus belles du Siam. Aujourd’hui, Pak Bara a été abandonné au profit de Dawei. Son développement a été confié au groupe Italian-Thai Development, premier groupe de TP en Thaïlande. D’un montant estimé à 13 milliards USD [9,3 milliards EUR], le projet incorpore la construction d’une voie de chemin de fer de 160 kilomètres, reliant le port à la ville de Kanchanaburi, ainsi qu’une zone industrielle pour des aciéries, des usines pétrochimiques et autres industries lourdes.
La construction d’une centrale électrique à charbon par une entreprise thaïlandaise, a été annulée ce 10 janvier par la Birmanie, suite au protestations des habitants. La zone économique spéciale de Dawei aura une superficie de 250 km2.
[...]
En octobre 2011, la KNU [3] interdisait la construction de la route de Kanchanaburi-Tavoy (Dawei) . L’armée birmane a réagi en renforçant ses effectifs militaires en envoyant six bataillons supplémentaire dans la région portant à un total de huit bataillons les troupes déployés entre Kwe Wa Waw (Ain Wai) en Birmanie et Mae Tha Mee Hkee à la frontière thaïlandaise afin de permettre la poursuite du chantier routier. Naw Séphora Sein, secrétaire général du KNU, avait alors déclaré que « le KNU a exhortait la société thaïlandaise ITD à trouver une solution pacifique à la question ».

Après une réunion, le 28 décembre 2011 avec les représentants de la Italian-Thai Development Company, l’Union Nationale Karen (KNU) envisage, sous certaines conditions, d’autoriser la construction de la route reliant la Zone économique spéciale de Dawei (anciennement appelé Tavoy) à la Thaïlande.
Le jeudi 12 janvier 2012, des accords ont été conclus entre les représentants de Yangoun et les membres de la délégation de l’Union nationale karen (KNU) dont l’un sur l’arrêt des hostilités entre le KNLA [4] et les forces gouvernementales, l’autre sur l’ouverture de discussions en vue d’un règlement politique de ce conflit et une autonomie progressive de la région.

D’autres rebondissements sont à attendre dans les semaines prochaines.

Notes

[1Journal de l’opposition birmane.

[2C’est ce qu’affirme Port Strategy, un magazine anglais qui a interviewé le vice-ministre des Transports, Chadchart Sittipunt. Ce dernier dit que ITD est toujours à la recherche de financements alors que le gouvernement thaïlandais comme les autres opérateurs du secteur privé ont adopté une approche attentiste et il a ajouté que « La situation politique en Birmanie m’inquiète quelque peu ».

[3 Soldat karen de la KNLA
La KNU, l’Union nationale karen (KNU en anglais, Kawthoolei en karen) est un des principaux mouvements de rebelles à la junte militaire de Birmanie. Ses membres sont issus de la population karen en lutte depuis 1950 pour obtenir son autonomie.

[4L’Armée Karen de libération nationale (KNLA) est la branche militaire de la KNU , qui se bat pour l’auto-détermination du peuple karen de Birmanie. Elle est en lutte contre le pouvoir central depuis 1949.
En janvier 2012, un cessez-le-feu est signé entre les forces de la KNLA et le gouvernement, celui-ci ayant également amnistié 6.000 prisonniers politiques.