Article 112

Avril 2012 sera-t-il politiquement chaud ?

Autour du crime de lèse-majesté et de sa répression féroce, les tensions politiques sont à nouveau à un niveau élevé et dangereux.

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Jatuporn Prompan

Tensions politiques exacerbées

Les éléments politiques les plus réactionnaires, manipulés par l’armée, exigent une sévérité renforcée dans la répression du crime de lèse-majesté.
Une poignée d’universitaires courageux, avec le mouvement de Nitirat [1], appellent à une réforme de la loi. Au centre du terrain, les rumeurs de coup d’État, entretenues par les militaires, vont bon train.
Jatuporn Prompan, l’un des leaders des Chemises rouges, emprisonné par le gouvernement Abhisit et proche de l’actuel gouvernement, craint qu’un renversement du gouvernement puisse être fomenté en avril. Des manœuvres politico-juridiques semblables à celles de 2008 pourraient être utilisées à défaut de la force. Pour prévenir toute tentative en ce sens, Jatuporn a appelé à une mobilisation des partisans de la démocratie et en premiers lieu des Chemises rouges. Un premier rassemblement populaire a été fixé au 25 février 2012 avec l’organisation d’un concert au cours duquel Thaksin Shinawatra, l’ancien Premier ministre, fera une intervention par vidéo comme au plus fort des manifestations du printemps 2011.

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Gen Prayuth Chan-ocha
Photo by Wassana Nanuam

Le commandant en Chef de l’armée thaïlandaise, le général Prayuth Chan-Ocha, qui dirige, de fait, le pays pour le compte des généraux, est intervenu publiquement en demandant « au Comité de Campagne pour la modification de l’article 112 sur la Lèse-Majesté de mettre un terme à ses activités ».

Dès le lendemain, le Vice-premier Ministre, Yuttasak Sasiprapa, a annoncé son soutien aux forces militaires, pour « maintenir l’ordre et la paix à l’intérieur du pays ».

La Thaïlande est un état ou le pouvoir réel de l’Armée ceci depuis le coup d’État de 1932 contre la Monarchie [2], jusqu’à un soutien de façade à cette dernière depuis 1950. Le gouvernement n’a pas beaucoup se liberté de manœuvre comme le rappelle les coups d’État de 2006 et 2008 [3] Le mouvement de Nitirat demande la modification de la loi sur la Lèse-Majesté, loi au nom de laquelle de nombreux citoyens sont condamnés, à des peines de trois à quinze ans d’emprisonnement.

Le rôle éminent de l’armée

Le général Prayuth Chan-ocha, a été nommé commandant de l’armée royale thaïlandaise en octobre 2011 par le Premier ministre Abhisit Vejjajiva, mis en place par les généraux putschistes de 2006. C’est un adversaire acharné de l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra et des Chemises rouges et de la démocratie.

Lors des élections législative de juillet 2011, le général Prayuth Chan-Ocha a appelé les électeurs à voter pour les « bonnes personnes » lors des élections générales pour le parlement, afin de « protéger la monarchie et changer le pays pour le mieux » ; en langage clair l’Armée a appelé à voter pour le Parti démocrate d’Abhisit et contre le parti de l’actuel Premier ministre ; Yingluck Shinawatra.

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Char dans Bangkok. Une habitude
Avec plus de 18 coup d’État depuis 2012

Cette dernière a du faire allégeance au Général et prendre des engagements contraires à la volonté de ses électeurs, au risque de voir une nouvelle fois les chars dans les rues de Bangkok.

Notes

[1Formé par sept professeurs de droit de l’université Thammasat à Bangkok, le groupe Nitirat se bat pour modifier l’article 112 du code pénal sur le crime de lèse-majesté. Trois de ses membres devaient donner une conférence mercredi 8 février 2012 à ce sujet au Club des correspondants étrangers (FCCT), « The Case to Change 112 », ont du annuler sous la pression et les menaces.

[[Le mouvement Nitirat demande la modification de la loi sur la Lèse-Majesté, loi au nom de laquelle de nombreux citoyens sont condamnés, à des peines de trois à quinze ans d’emprisonnement. Cette loi n’a qu’un but : museler tout opposition réelle à l’élite féodale qui dirige le pays depuis des siècles.
L’échec, programmé et inévitable, du mouvement Nitirat montre à quel point la Thaïlande reste sous le joug des généraux. Il est impossible de demander, pacifiquement, démocratiquement, des changements sur un sujet sensible, la monarchie. Un sujet qui permet d’accuser n’importe qui d’atteinte à la sécurité nationale et entraine une répression impitoyable, dans une société où le pouvoir et détenu sans partage par la classe militaire.
Cette lutte ne s’achèvera qu’avec la fin, inéluctable se la féodalité, et le triomphe d’une bourgeoisie d’affaire locale. On comprend que le FMI et la finance internationale soit plutôt du côté du passé et de l’asservissement d’un pays du tiers monde presque entièrement dominé par les capitaux multinationaux.

[2Coup d’Etat qui aboutira à la fin de la Monarchie absolue et à l’exil en Angleterre, en 1935, du roi Prajadhipok, Rama VI

[3Le coup d’État de 2008 a été un coup d’État juridique, soft, mais qui a abouti aux répressions du printemps 2010 avec plus de 90 morts et des milliers de blessés...

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Gen Prayuth Chan-ocha - Abhisit Vejjajiva
Ils ont ordonnés de tirer sur les Chemises rouges au printemps 2011