Éphémérides

19 aout

19 aout 2007
Référendum sur la nouvelle Constitution
La Constitution est approuvée par 57,8% des électeurs, soit 14,7 millions de Thaïlandais avec un taux de participation de 57,6%. Les principaux points en sont notamment la limitation des mandats du Premier ministre à deux mandats de quatre ans chacun, celle du nombre de sièges à la Chambre des représentants qui passe de 500 à 480 et celle des sénateurs de 200 à 150. Le Premier ministre ne pourra garder le contrôle d’entreprises privées. Le pouvoir appartient de fait à la Cours constitutionnelle dans les membres sont nommés par la junte.

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Coup d’État de septembre 2006

Ce ne fut pas une grande surprise. La question n’était pas la victoire du oui ; la junte et le gouvernement s’étant donné tous les moyens possibles de la victoire, mais quel serait le taux d’abstention et à quelle hauteur le oui passerait.
Avec seulement 57.61% de votants et 1.94 % de nuls (25.9 millions sur un total de 45 millions d’électeurs), la nouvelle constitution n’a pas suscité une grande adhésion parmi la population. Elle ne donne même pas une légitimité aux putschistes, le nombre de votant « pour » étant largement inférieur au nombre de voix obtenues par le Thai Rak Thai (TRT), l’ancien parti de Thaksin Shinawatra en avril 2006 (16 millions de voix).
Depuis la Thaïlande est sous la Constitution de 2007, une constitution aristocratique et antidémocratique. Le pays est plus que jamais dominé par l’aristocratie et non plus par les élus
 [1]

Notes

[1Lire l’article de Danielle Sabaï et Jean Sanouk.
Extrait :

Pour favoriser une victoire claire et nette du oui et ainsi légitimer sa nouvelle Constitution le gouvernement appointé par la junte s’était pourtant donné tous les moyens. Au moins 30 millions de baths [6] ont été dépensés pour payer des campagnes de publicité en faveur du oui dans les médias, pour distribuer 18 millions d’exemplaires de la constitution à couverture jaune, la couleur du roi, pour bien faire comprendre dans quel sens il fallait voter [7]. La campagne a été rythmée par des meetings remplis de villageois à qui l’on offrait entre 100 et 300 bath [8], un repas, le transport gratuit pour assister au meeting, habillé de jaune encore une fois. Selon The Nation le général Sonthi aurait affirmé que « des officiers militaires ont été envoyé dans les campagnes afin de faire mieux comprendre aux gens ce que signifie la démocratie » [9].

Dans un discours public, le premier ministre désigné par la junte, Surayud Chulanont, a averti publiquement : « faire campagne pour le boycott ou pour le « non », pourrait être reconnu illégal quand la loi convoquant le référendum prendra effet ». Selon cette loi, user d’influence pour changer le résultat est illégal. « Toute personne qui organise des troubles, fait obstruction ou fait n’importe quoi susceptible de perturber le référendum » pourrait être condamné jusqu’à dix ans de prison, payer une amende pouvant atteindre 200.000 THB (4.400 EUR) et banni de la vie politique pendant 5 ans. Selon Asian Human Rights Commission, « il est clair que le principal objectif de cette loi est d’intimider et d’imposer le silence à toute personne qui ne partage pas les vues officielles ». Au niveau local, la propagande a été appuyée par toutes sortes d’intimidations et de coups de force de la police contre les militants du « non » : agressions physiques contre des portes paroles, saisie de matériel de campagne, emprisonnement de protestataires, menace contre certaine catégories comme les chauffeurs de taxi de Bangkok qui arboraient un autocollant précisant qu’ils conduisaient des clients mais pas la constitution (we drive customers, not the constitution)… Par contre, Sonthi Boonyaratklin, le chef de la junte au pouvoir et leader du coup d’État, a trouvé parfaitement justifié de demander à ses subordonnés de faire campagne en faveur du oui.
Dans un discours à l’occasion de son 75e anniversaire, SM la reine Sirikit a demandé aux moines bouddhistes, qui organisaient une campagne de rejet de la constitution, de rester en dehors du débat politique.

Au delà, de ces manœuvres et intimidations le gouvernement a donné un signal autrement plus menaçant : le rejet de la constitution signifierait un report à l’année 2008 des élections générales promises par la junte dès son arrivée au pouvoir et prévues après l’anniversaire du roi en décembre 2007. En d’autres termes, cela aurait signifié le maintien au pouvoir d’un gouvernement supervisé par la junte militaire. Deuxième menace encore plus préoccupante : En cas de majorité pour le « non », la junte militaire avait annoncé qu’elle s’arrogeait le droit de choisir l’une des dix-sept constitutions réactionnaires précédentes, de la modifier à sa convenance, et de la promulguer sans vote préalable !

Dans ces conditions, on comprendra que plus d’un électeur ayant envie de voter « non » y est réfléchi à deux fois. Quel était le pire : l’adoption d’une mauvaise constitution, mais dont on connaissait au moins le contenu, ou le saut dans l’inconnu en laissant une dizaine de généraux choisir la constitution ? Les dés étaient vraiment pipés. Et dire qu’officiellement, il s’agissait de rétablir la démocratie !