La CITES va-t-elle accepter ?

1 200 éléphants siamois vendus au Vietnam ?

, par Rédaction

C’est par une indiscrétion que l’on apprend que des négociations seraient en cours entre la DNP (Department of National Parks, Wildlife and Plant Conservation) thaïlandais en association avec le Groupement thaïlandais des propriétaires d’éléphants d’une part et le Département de la Conservation de la Biodiversité du Département général de l’Environnement vietnamien et Centre de protection des éléphants de Dak Lak d’autre part, pour la cession de 1200 éléphants domestiques et sauvages.

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Éléphant se baignant dans le lac Vachiralonkorn
Province de Kanchanaburi en Thaïlande.
Photo Ganeshapark

La situation des éléphants au Vietnam

Selon les ONG et et le site Care2, le nombre d’éléphants encore en vie au Vietnam s’élève à quelques dizaines seulement (80 individus ?). Alors qu’il y avait encore environ 1 500 éléphants d’enregistrés dans le pays il y a tout juste vingt ans.

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Festival de Dak Lak
Festival culturel ethnique de Buon Don et course d’éléphants,à Dak Lak / mai 2014

En 2009 un groupe de conservation, du bureau anglais de Hanoï, le Fauna and Flora International (FFI), a averti que les éléphants restants du Vietnam étaient d’à peine 150 individus, selon certaines estimations et qu’ils étaient déjà en danger d’extinction. En 1990, il y avait environ 1 500 à 2 000 éléphants. Maintenant, il y en a peut-être que quelques dizaines seulement. Les braconniers ont abattu et massacrés les éléphants au Vietnam, au point que l’extinction ne semble pas seulement possible, mais elle semblait véritablement inévitable. Le développement économique qui a empiété sur l’habitat des éléphants depuis le début des années 1990 est tout autant coupable. Les rizières, les plantations de café et de caoutchouc, des usines, des barrages, des routes ont surgi dans des endroits où les éléphants vivaient autrefois. Les forêts d’acajou, de teck et bois de fer qui se trouvaient depuis des siècles ont été abattus et envoyés à l’étranger.

Au final le Vietnam ne compte plus que cinq troupeaux d’éléphants sauvages pour un total de 60 à 70 individus contre 550 en 1980. Et depuis 2009, 17 spécimens ont été tués.
La situation n’est guerre plus reluisante du côté des éléphants domestiques. Dak Lak en recense actuellement 49 contre 150 en 1980, soit une baisse de 90% en 32 ans. Depuis 2007, pas moins de 21 spécimens ont trouvé la mort, principalement en raison du manque de nourriture, de techniques d’élevage inadaptées et des abus pour le tourisme.

Selon le Centre de protection des éléphants de la province de Dak Lak, sur les 49 éléphants domestiques, 43 sont en âge de se reproduire (19 mâles et 24 femelles). Problème : la fécondité n’atteint que 0,6% depuis 30 ans. Pire, elle est nulle ces dernières années. En cause : les propriétaires, qui préfèrent (sur)exploiter ces pachydermes à des fins touristiques plutôt que de penser à leur bien-être. Ainsi, souvent, les bêtes souffrent de maladies et/ou de malnutrition, avec des conséquences sur leur espérance de vie. Si le taux de mortalité actuel reste aussi élevé sans qu’il y ait de nouvelles naissances, les éléphants de Dak Lak sont condamnés à disparaître d’ici dix ans.

Il semblait que les groupes de conservation de la vie avaient essentiellement jeté l’éponge de sauver les éléphants du Vietnam, qui étaient encore dans les jungles du pays et les forêts il y a à peine une génération et que peu de soutien était fourni par le gouvernement à la fois financièrement et juridiquement.

Il bien évident que l’apport de 3 à 400 éléphants sauvages et de 800 à 1 000 éléphants domestiques permettrait de stabiliser la situation et de redonner un avenir au pachydermes dans ce pays.

La situation des éléphants en Thaïlande.

Les éléphants sont les icônes royales et religieuses nationales de la Thaïlande, et pourtant leur survie dans la nature est menacée par les illégitimes et les légitimes revendications d’une population croissante de l’homme. Moins de 2.000 éléphants sauvages ont survécus à l’échelle nationale (dont la moitié en zone forestière de l’Ouest à proximité de Kanchanaburi). Les conflits entre les humains et l’éléphant sont en augmentation partout dans le pays. Le nombre d’éléphants domestiqués diminue car le travail est de plus en plus rare. Pour ce qui est des éléphants domestiques,
la population actuelle serait stabilisée à 2 700 individus dont 95 pour cent appartiennent à des propriétaires privés. Depuis 1990, année où l’exploitation forestière a été interdite, en forêt, les éléphants assurent seulement le transports des grumes illégalement coupées, travail épuisant qui emploierait, encore en 2016 plus de 1.000 éléphants. Quelques centaines d’éléphants du pays travaillent dans le secteur du tourisme ou comme attraction.
Suite à une importante campagne contre les abus commis dans le cadre de l’exploitation touristique des éléphants, cette industrie connait une chute notable de fréquentation. Certains camps d’éléphants évoluent vers un tourisme plus respectueux des animaux mais au détriment de la quantité d’éléphants. Les camps « éthiques » voient fondre leurs effectif de plus des trois quart.

Que prévoirait cet accord ?
Si l’on en croit la source anonyme de de la fuite, outre la cession qui s’étalerait de 24 mois de 300 à 400 éléphants sauvages et de 800 à 900 éléphants domestiques à une date qui n’est pas encore fixée, la Thaïlande assurerait la formation d’un millier de mahout [1] et de spécialistes vétérinaires. Cette formation serait effectuée au travers du Groupement thaïlandais des propriétaires d’éléphants.
La partie vietnamienne s’engagerait à ce que les animaux soit bien traités et que les animaux sauvages soient protégés efficacement du braconnage.
Le montant de la transaction n’est pas connu

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Elephant Roundup Surin
Province de Surin en Thaïlande / novembre 2015

Réactions

Ni le Department of National Parks, Wildlife and Plant Conservation thaïlandais, ni le Groupement des propriétaires n’ont voulu répondre à nos questions. Le directeur du Département général de l’Environnement vietnamien dit ne pas être au courant et nous n’avons pas pu joindre le Département de la Conservation de la Biodiversité...
Seul le Centre de préservation des éléphants de la province de Dak Lak a reconnu qu’une discussion était en cous avec des autorités thaïlandaises.

Du côté des ONG qui peuvent pour la défense des éléphants Thiphaine, une activiste proche de ENP (Lek Chailert) s’est déclarée scandalisée : « il est honteux de céder des éléphants à des gens qui mangent les chiens et les chats ».

Si cette information devait être confirmée, alors ce 1er avril 2016 serait à marquer d’une pierre noire pour les éléphants thaïlandais.

Notes

[1Cornacs